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jeudi 19 juin 2014

Île était une fois...sur un cargo



Après plus 3 mois d’absence sur la toile, nous revoilà pour vous raconter la suite de nos aventures. Désolé pour le contre temps mais nous n'avons pas eu d'accès internet pendant notre périple (enfin si, mais il s'agissait d'une connexion clé 5k, pour ceux ceux qui se rappelle les connexions modem 56k, je vous laisse imaginer la lenteur de l'engin)
Nous avons donc passé 2 mois dans une ferme perlière à Ahe dans les Tuamotu, un atoll au bout du monde ou l’on vit en dehors du temps et du monde.
Voilà, le 22 février, le jour J était arrivé. Nous avions réservé notre périple de 4 jours sur un cargo pour rejoindre l’atoll de Ahe dans les Tuamotu. Le cargo Maris Stella III nous attendait au port de Papeete, on ne pouvait plus reculer.


 Arrivés à midi sur les lieux pour un départ prévu à 14h, on nous apprend que le bateau ne partirait pas avant 17h, une après-midi entière à attendre et à osciller entre euphorie et stress. Enfin, on fini par embarquer.
Nous quittons Tahiti et après seulement quelques minutes de navigation, elle nous parait soudainement minuscule, tel un gros caillou posé sur l'océan.


 
On croise quelques membres de l’équipage qui nous lance un « Ia Orana » (bonjour en tahitien) en nous regardant de coin. Vu la carrure des types on se dit que ça sera mieux de faire amis amis avec eux au plus vite au risque de finir par-dessus bord. On rate notre premier essai en s’incrustant dans les cuisines et en s’installant dans un salon climatisé avec tv en pensant qu’il s’agissait d’un lieu commun. La porte s’ouvre et le cuistot apparait :
- Qui vous a donné l’autorisation d’être ici? 
-Bah, personne, on visite…
- Allez ouste, foutez moi le camp d’ici, c’est privé!
On déguerpie sans demander nos restes.

Second essai : Le cuistot nous a à l’œil et nous demande notre billet d’embarquement alors qu’on est en train de s’en griller une sur le pont et moi de lui demander si on peut fumer à cet endroit.
-Mais vous savez pas lire? Dit-il en pointant l’écriteau « Ne pas fumer, danger, réserve d’essence »
Oups encore raté!

On monte notre tente sur le pont, une idée ingénieuse (ou parfois ca nous arrive ;) pour être à l’abri de la pluie et payer le trajet aux prix minimum c'est-à-dire 8000 francs par personne (env 65 euros) contre le double pour les nuits en couchette. 


Alors qu’on essaye de se faire tout petit dans notre tente, un «  A la bouffe! » retenti.
Cela fait une bonne heure que nous avons quitté le port et je constate que se déplacer sur le cargo va être problématique. On escalade des échelles, passons par des endroits étroits plein de cambouis, tentons d’éviter une multitudes d’obstacles, le tout en marchant comme si on venait de s’enquiller un demi litre de rhum. 

Le cargo transporte de tout dont des bateaux et des voitures


On découvre un monde inconnu, le navire, l’océan à perte de vue, ….


Le repas a lieu à l’arrière du bateau ou on découvre une guitoune, on tend sa gamelle que le cuistot rempli à ras bord. A notre grand étonnement le repas est succulent : poisson cru lait de coco, bœuf bourguignon, riz, légumes.

petit moment de tranquillité pour digérer

 
Ici avec Dominique, un des mécanos du navire
 Les marins sont quelque peu intrigués par notre présence à bord, une bonne occasion pour discuter avec eux et faire connaissance. Retour à la tente, j’ai mon estomac qui fait des saltos, je regrette déjà d’avoir avalé ma portion de marins. Par moment ça tangue pas pour rigoler, il faut se cramponner et le mieux encore est de s’allonger et de se laisser bercer par les vagues. Je me réveille au milieu de la nuit, un ciel immense expose ses étoiles magnifiques au dessus d’une mer bleu gris désespérément vide tandis que le reflet de la lune sur les vagues a quelque chose de fascinant et de terrifiant à la fois. On cherche nos points de repère, la grande et la petite ours ainsi que l’étoile polaire ont disparus du ciel. L’étoile du sud et le scorpion sont nos nouvelles références. Nous ne sommes pas seuls sur le pont, d’autres travailleurs sont là, ils dorment profondément sur leur nattes, surement habitués au bruit assourdissant du moteurs et aux remouds. J’ai du mal à trouver le sommeil. J’enfile mes boules quies , j’essaye de relaxer, il est 2h, je finis par trouver le sommeil.
5h du matin : « Cafééééé! debout la dedans! »
Le voyage prend des airs de stage à la marine nationale. Je tente une douche, pour la propreté il faudra repasser, quant aux odeurs, elles ont tendances à faire remonter le ptit dej.

Après 21 h de bateau, terre en vue! Enfin un bout de terre, youpi on va pouvoir poser le pied sur le sol. Il s’agit de l’île de Mataiva. 


On nous appelle sur le devant du bateau, on obéit sans bien comprendre ou on va et ce qu’on doit faire. « Accrochez vous, ca va secouez »
Une grue soulève la plateforme sur laquelle nous étions montés, nous balance de droite à gauche pour nous déposer sur la mer.


 Les gars de l’équipage sont pliés de rire en me voyant cramponnée aux rambardes alors que eux galopent comme des cabris sur la barge en lévitation.




Certaines îles des Tuamotu sont dépourvues de port, le déchargement et le chargement des marchandises ne peuvent s’effectuer uniquement par des barges. Les îles et les atolls des Tuamotu dépendent principalement des bateaux pour tous les besoins de la vie quotidienne (exception faite pour le poisson et les cocos qui foisonnent). Nous abandonnons pour quelques heures notre cargo resté en mer profonde, et filons découvrir cette jolie île.





Les Puamotu (c’est comme ca qu’on appelle les habitants des Tuamotu) papotent entre eux, se pressent pour récupérer leur victuailles et ronchonnent pour les commandes manquantes.
On profite de ce joyeux brouhaha pour se balader un peu et découvrir des paysages à couper le souffle.











On discute avec des gamins qui s’extasie devant mon ptit pentax mais surtout tout contents de voir des nouvelles têtes qui nous mitraillent de questions sur la France. 

16h, nous voilà repartis, direction Rangiroa.

Le diner est toujours aussi délicieux, le cuistot, Patrick, nous taquine et chambre les autres matelots.

A l’arrière du bateau on constate 2 gros fils de chaque côté qui servent à pêcher le poisson. Et ce soir là bingo! Le matelot tire le fils (qui s’apparente à du gros cordage) à la main et remonte un petit macro. Bon d'accord c'est sûr que le cuisto ne compte pas sur la pêche à la traine pour faire manger l'équipage mais mélangé à un "délicieux" fafaru, ça devrait passer. Quoique ce met est délicat pour les papilles car le fafaru n'est rien d'autre que du poisson cru macéré dans de l'eau de mer parfois pendant de longues heures jusqu'à ce que le poisson se décompose, offrant aux papilles et au nez une odeur de pourriture. Moi, j'ai mangé mais olive s'est égosillé :)
19h, il fait nuit, la mer est juste en dessous de nous et nous tolère. Le cargo est un intermédiaire entre elle et nous. La houle nous berce alors qu’un vent chaud frappe inlassablement la toile de la tente. On se sent tout petits, comme des nouveaux nés dans un berceau métallique qui flotte sur l’océan.
Nous arrivons à Rangiroa à 22h, on ronfle comme des petits marcassins. En se réveillant au petit matin, on est subjugué par la beauté des lieux. 



On chausse les tongs et on se dépêche de partir à la découverte de l’île.


Jamais nous n’avions vu de telles plages de sable blanc totalement désertes. 







On se ballade aux alentours de l’hôtel Kia Ora quasiment vide et on se balance dans un hamac, les doigts de pied en éventail en s’émerveillant du spectacle qui s’offre à nos yeux. 










 
moment de détente idyllique :)
ceci sera vôtre pour la modique somme de 300 euros la nuit!




 










Une baignade lascive dans les eux turquoises et on reprend notre chemin.



On croise une vieille dame qui nous dit que les marins nous cherche partout et qu’ils sont sur le départ . « Faut vous dépêchez si vous voulez pas rester coincer ici, ces gars là ils vous attendront pas » Il est 13h et on était censé repartir à 14h…on commence à comprendre que les horaires et Maris Stella ca fait deux. Ca n’est pas pour rien que dans les Tuamotu, on le surnomme le bateau fantôme. Changeant constamment de trajectoires et d’horaires, le bateau vogue à sa guise et surtout ils n’hésitent pas à planter les voyageurs, car il s’agit d’une compagnie privée qui prend des passagers uniquement selon son bon gré.
On quitte cette sublime île avec regret en se promettant d’y revenir un jour avec en toile de fond, un envoutant ballet de dauphins qui saluent le départ du bateau, un rituel inchangé depuis des décennies selon les dires des marins.








 
sortie de l'école
 
Pour notre dernier repas à bord, nous avons droit à un délicieux carpaccio de thon rouge, pêché le jour même.
On nous apprend que nous arriverons à destination au petit matin. Sur le moment on se réjouit d’arriver car on commençait à saturer du confort ultra sommaire, des odeurs, du tangage et de la promiscuité même si on commençait a s’habituer a cette vie de vagabond.
A peine repartis, tout le monde ronque déjà :)

3h du mat : « Hey les collègues! Vite vite on est arrivés, faut débarquer! »
Arggg c’est le cuistot qui prend sa revanche! C’est donc la tronche enfariné et en dansant le tango tangage qu’on démonte la tente dans la nuit et on rattroupe nos affaires. 20 mn après nous voilà de nouveau dans les airs agrippés à la barge. 
C’était parti pour 2 heures de chargements, 2h interminables en plein de milieu de l’atoll, à nous demander ou est-ce qu’on allait atterrir, ce qu’on foutait là en fait!
5h30, nous posons notre premier pied sur un des motus qui constitue l’atoll de Ahe, 280 habitants, 8km sur 20. La ferme perlière dans laquelle on nous a déposés n’est pas celle qui doit nous accueillir. 




J’attends une petite heure avant de passer un coup de fil à notre futur employeur. Sans succès. On observe les fermiers qui courent dans tous les sens sous une canicule… et je commence à réaliser que notre séjour n’aura visiblement rien d’une colonie de vacances.

La suite dans le prochain épisode...
 
Ps : Merci à la jeune femme qui nous a abordé récemment sur la plage du pk 18 pour nous féliciter pour le blog, beaucoup de baume au cœur qui nous encourage a continuer de vous faire partager nos aventures.

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